Mon Ardechoise 2009 : la bataille jusqu'au bout...

Publié le par eric






Le grand jour est arrivé !


Ce 20 juin 2009 me fait rêver depuis.... le soir du 21 juin 2008 ou j'avais quitté St Félicien après une superbe course en 7 h 33' 53".


Cette année, j'avais donc comme objectif logique de passer sous la barre des 7 h 30.

Arrivé sur les lieux la veille, je plante ma tente avec mon frère, Didier et Pierre dans un des parking que l'organisation met à disposition des cyclo (touristes et sportifs).


Après un repas basé sur les sucres lents (comme tout le monde je suppose...) on discute quelques longues minutes, on se projette sur la course de demain. Chacun annonce ses ambitions, ses craintes, sa tactique...

Mais c'est bien le vent et le froid qui revient à chaque fois sur le tapis. En effet, les rafales font déjà courber les arbres au dessus de nos têtes ce soir, et demain la météo prévoit une météo identique. Vent violent et fraîcheur.... Moi qui adore la chaleur, je sais déjà que la journée va être dure.


Après une très bonne nuit, on déjeune, et rapidement il faut prendre place dans le parc prio.


Il est 7 h 00, on se retrouve à 12 de l'Avant Garde de St Etienne en prioritaire. C'est un plaisir de pouvoir rouler avec les copains. Je ne vois pas Laurent link, ni Sebastien link je me doute qu'ils doivent être juste derrière la ligne.

Le départ est donné à 7 h 30, et c'est parti pour une belle aventure.


Avec le vent annoncé, je me dis secrètement que passer sous la barre des 7 h 30 va être extrêmement difficile, mais je reste optimiste et je vais me battre contre les rafales.

J'ai gardé tous mes temps de passages de 2008, collés à la potence, ils vont me donner en temps réel les écarts sur tout le parcours.


La première difficulté, le Col de Buisson se passe sans problème. Comme à mon habitude, je laisse partir le 1er groupe, pour ne pas me mettre dans le rouge.


c'est inutile à l'Ardechoise (pour mon niveau bien sur...). Car de toute façon, on se fait rattrapper par des costauds sans dossard prio, qui vont rouler très fort dans la descente et la vallée menant au 2eme col, et de ce fait on profite de leurs roues, à à peu près la même allure que les 2 pelotons de devant... sans s'être mis dans le rouge dès la première difficulté. Pour preuve, on avait 6 minutes de retard à Mézilhac sur le second groupe. Et je suis presque sur que nous devions avoir déjà presque 4 minutes de retard en haut de Buisson.

Bref, Buisson se passe calmement, quand même à 88 % de la fc. Je reste fixé à mon cardio, ce qui m'oblige à rester prudent. Par contre, mauvaise nouvelle, je perds d'emblée mon équipier Didier, apparemment dans un mauvais jour... quel dommage ! je ne le reverrai plus...


Au sommet j'ai 24 secondes d'avance sur 2008.


La descente se fait rapidement.


Lamastre puis la seconde difficulté, le col des Nonières. En peloton compact, rien à signaler, le vent est globalement favorable et j'ai une avance de 59 secondes sur 2008.


Encore une belle descente, mais là, le vent nous joue des tours, et le peloton dans lequel je suis ne s'entend pas à merveille, on perd un peu de temps.


Dans la vallée du Cheylard au véritable pied du col de Mezilhac, on roule tranquille dans un peloton. Je suis avec mon frère Julien, Franck, Vincent et Thierry de mon club. L'ambiance est chaleureuse mais je me dis que le chrono tourne...


En montant le col de Mezilhac, on prend les choses en main. D'abord Vincent, puis moi et enfin Franck. Notre peloton est compact derrière nous mais il faut bien que quelqu'un roule, et là je ne compte que sur moi pour réussir ma course.
Julien qui veut faire une course prudente, nous laisse filer, il attend Didier.


Au sommet, l'avance n'existe plus... le vent nous a tout croqué et je suis sur mes chronos 2008... l'optimisme fond peu à peu...


On s'alimente dans la longue descente sur Antraigues.


Dans le col d'Aizac, je gère très bien, ce col est dur, mais court, il ne faut pas s'emballer et bien maitriser le cardio et le braquet... l'arrivée est encore bien loin !


Au sommet, toujours sur les temps de 2008 (10 secondes d'avance...).


Col de la Mouchère, court lui aussi, mais plus facile, au sommet et 21 secondes ... de retard... Ça y est, pour la première fois on est en retard sur 2008.


Et en analysant la carte hier soir, on devinait que le vent allait être en grande partie défavorable dans la seconde moitié du parcours... et la seconde moitié, on y arrive.


Il va falloir se battre !


Au pied de ce col, on perd Thierry qui crève de la roue avant... nous ne sommes plus que 3 de mon club dans le groupe.


Dans la descente hyper technique et dangereuse sur Burzet, je passe devant pour "faire ma trace". Et on perd Vincent pour qui la descente n'est pas sa discipline favorite.


C'est à 2, avec Franck, que nous allons passer une bonne partie de la journée, dans un groupe de 6-8 assez homogène.


La longue montée sur le Col de la Barricaude va être exposée au vent, souvent de face. Je vais souffrir dans cette bosse. Mon pote franck est euphorique, et moi je ne ressent pas de superbes sensations à présent.

Au sommet, malgré le vent, l'avance est de 2'50 ! je comprends ici pourquoi j'ai souffert dans la bosse.


A Sagnes et Goudoulet, on fait remplir les bidons, et on repart pour la prochaine difficulté : le col du Gerbier.


Là le vent est très pénalisant, je souffre beaucoup et je recherche mon second souffle... il faudrait qu'il arrive vite, je suis à la limite de ne pas pouvoir suivre, je m'accroche pour basculer avec mon groupe...


Au sommet, notre avance n'est plus que de 50 secondes... foutu vent du nord ! en plus il fait très froid, on grelotte ! c'est l'enfer !


Dans la descente, je ne fais pas un effort inutile, tout est calculé, j'attends la vallée en faux plat descendant pour m'alimenter, m'étirer, je fais néanmoins mes relais car le groupe s'entend très bien, ce n'est pas le moment de semer la zizanie !


A St Martin de Valamas, j'espère avoir repris des forces, j'ai beaucoup mangé (uniquement des gels endurance), beaucoup bu, bien relaxé.


On s'engage sur la longue remontée sur Ste Agrève.


Je reste calme dans mon peloton, le vent revient dans la partie, je prends quelques relais, les sensations sont revenues partiellement, mais l'alerte rouge est désormais passée.

Parfois, les rafales font baisser fortement l'allure... à ce moment là je me dis que la barre des 7 h 30 ne sera pas franchie, mais tout est jouable pour au moins battre mon record (7 h 33'53").


Ma mère était garé sur le bord de la route pour donner des bidons à tout le club de l'A.G.S.E. Elle était situé juste avant le sommet après Ste Agreve, avant la descente très technique sur Rochepaule.


La passation de bidon se fait très bien, mais Franck accélère brutalement pour rejoindre le groupe (ou du moins ce qu'il en reste... nous n'étions plus que 4).


Pour moi, impossible de faire un effort violent, je ne reverrai plus mon équipier... je suis irrémédiablement lâché... mais ça faisait déjà plus d'un quart d'heure que je souffrais à nouveau... je m'accrochais, changeais souvent de braquet pour recoller en puissance.


Mais là ce fut le coup de grâce... et à partir de maintenant, je serais seul face au chrono.


Au sommet, avant la descente dangereuse sur le pied de Rochepaule, j'ai 9 secondes de retard.

Quel défi pour moi, au bout de plus de 6 heures de vélo, je me retrouve avec une toute petite différence de temps sur 2008 !!!


Je me bats dans la descente, enfile les virages, mais il faut rester très concentré et vigilant, il y a du monde, beaucoup de cyclotouristes. il faut anticiper leurs réactions, leurs trajectoires...

Je m'élance sur l'avant derniere difficulté du jour, le col de Rochepaule. Les forces sont encore présentes, je donne tout (ou presque).


Ce col est court et au sommet... 40 secondes... de retard...


Panique, mais je me souviens qu'en 2008, j'avais fais un Rochepaule de feu, et j'avais un peu coincé sur Buisson. Fort de cette expérience, cette année, je me suis un peu réservé dans Rochepaule...


Je ne peux plus me permettre le moindre faux-pas... il va falloir faire un très bon buisson.


La descente encore une fois très dangereuse, technique, fréquentée...


Dans la vallée, en faux plat descendant, je m'alimente à nouveau, je sais par expérience que ce n'est pas là qu'on gagne du temps, mais qu'il faut au contraire se préparer pour la bataille finale.


Ça y est, j'y suis, Pont de Clara !


La première rampe à 15 %, je la fait en prudence, surtout il faut que j'assure. Je sais que le moindre excès se paie cash après une si longue distance.


Petite descente et ça repart, les jambes brûlent... je laisse passer l'orage...


A Molière, je sais que la pente s'adoucie, et ce jusqu'au sommet.


C'est à cet endroit que je produis mon effort final.


Je m'impose un rythme, je suis encore fluide, je souffre beaucoup mais je me bats comme un lion.

Encouragé par les orchestres, les nombreux spectateurs en bord de route, mon moral ne flanche pas.

J'arrive au sommet et j'ai hâte de connaître mon temps avant la descente sur l'arrivée...


7 h 13'43" et une avance de 56 secondes sur 2008 !!!


Mais rien n'est gagné, la descente est longue et le vent sera de face... il faudra se battre jusqu'au bout !!!

Je fais une descente comme je peux, avec ce qui me reste... mais que c'est dur !!! je n'en peux plus, mes jambes sont au bord de l'explosion, j'ai mal partout.


Les 2 km du final sont terribles. Je reste sur un gros braquet et me dit qu'il faut que je le tienne jusqu'à l'arrivée. Le vent m'a gêné toute la descente, je ne sais plus ou j'en suis.


Flamme rouge, personne ne m'aide, je suis seul, en danseuse, encore véloce mais tout en puissance, je me surprends...


J'ai les yeux figés sur le chrono, les 7 h 30 sont passées... mais le record est encore prenable...


Je m'arrache jusqu'à la ligne.


7 h 32 et 21 secondes.


C'est mon temps à l'arrivée.


Je suis totalement épuisé, depuis plus de 2 heures je suis en sur-régime.



Un peu déçu aussi. Je ne suis pas passé sous la barre des 7 h 30. Cet objectif qui m'a motivé toute la saison, cette barrière symbolique que je rêvais de franchir attendra encore un an.


Mais je positive tout de même. En effet, le vent, c'est certain, nous a pénalisé. Impossible de quantifier le temps perdu. 3, 5, 10 minutes. Chacun à un avis plus ou moins précis sur la chose.


Ce qui m'a gené aussi, c'est le froid. Moi qui adore la grosse chaleur, je n'étais pas dans mon royaume ce jour du 20 juin 2009.


Mais mon record perso est tout de même tombé, de peu (-1'32sec) Je me suis battu toute la cyclo contre le temps. Jamais je n'ai été tranquille, jamais une marge confortable pour souffler un peu.


Mais j'ai eu les ressources pour m'arracher jusqu'à la ligne d'arrivée.


Cette journée à été une fois de plus mémorable. L'Ardechoise est vraiment magique, et les ardechois tellement accueillant.

Merci à l'Ardechoise, je prends déjà rendez vous pour 2010. Et comme objectif, ce sera bien sur de passer en dessous des 7 h 30 !



Et mes équipiers alors ?


Et bien Didier, après avoir été lâché dans la première difficulté, a rejoint Julien au col de Mezilhac. Ce dernier l'attendait.

Mais dans la descente de la Moucheyre à Burzet, Didier a chuté.

Il a pu continuer, mais en endurant une grosse douleur à la cuisse et à l'épaule. Mon frère restera avec lui jusqu'à l'arrivée, ils finiront en 8 h 45'. Ce n'était pas son année...

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C

Bonsoir et Bonne année
Moi qui ne suis qu'un petit cyclotouriste, je reste haletant à lire ce récit. Je lis surtout de la passion dans ce que tu fais et cela me plait.

J'espère que 2010 te permettra d'atteindre tes objectifs


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J
Ouaah!

J'ai lu quelque part que Peter Jackson (la gars qui a adapté Le seigneur des anneux et King Kong au cinéma) était en panne d'imagination pour son nouveau film...
...je te conseille de lui envoyer ton Ardéchoise 2009 pour scénario.
Une pluie d'oscars va pleuvoir sur St Jean!!
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E

Mon Ardechoise pour Hollywood !!! mais c'est une bonne idée ça !!! j'envoie le scénario de suite...


P
Bravo pour ton épreuve, Tu as déjà battu ton record... par des conditions un peu difficiles... alors l'année prochaine... si les conditions se présentent bien, tu va t'amuser !
Pour ma part, je retenterai peut-être l' Ardéchoise Vélo Marathon... on vera le calendrier 2010, mais je crois q'en 2007, j'ai placé assez haut la barre record de mes perfs à battre : je n'y arrive apparament pas cette année... 6 minutes de plus à la vaujany aujourd'hui qu'il y a 2 ans...
Un certain maillot rouge (leader grand trophée de catégorie d'age) m'avait donné une motivation hors du commun en 2007, elle est peut-être bien là cette différence...
et toi ? par quoi continues-tu ta saison ? la Marmotte aussi ?
@+
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E


Salut Pascal,

Je fais pas la Marmotte cette année.


Je n'aime pas particulièrement cette épreuve (je t'invite à lire mon évaluation de cette cyclo).
Trop de voitures, trop de pollueurs à vélo... l'an dernier j'étais écoeuré en voyant autant de merde laissé par les cyclos, c'est inadmissible et dégradant pour notre sport.

Malgré tout, il est vrai que c'est un mythe qui mérite d'être mieux respecté... dommage.

Par contre je fais les copains ce week-end, là l'ambiance est plus sympa, du style Ardechoise, mais sans le monde.
J'adore cette cyclo, je l'ai faite en 2007 et en garde un superbe souvenir.

Bonne course pour la Marmotte.
Eric



L
Salut Eric,

Battre ton record avec les conditions météo qu'on a eu c'est déjà très bien !!! Tu as indéniablement un meilleur niveau qu'en 2008.

J'ai essayé de "quantifier" la perte de temps due au vent sur le parcours des Sucs : environ 20 minutes en se référant aux chronos des habitués du tracé ! C'est énorme. L'effet du vent a été un peu moindre sur les 216km de l'Ardéchoise mais tu peux compter une dizaine de minutes. Ces 10 minutes tu les gagnera en 2010 pour exploser les 7h30 !!!

A+
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E

Salut Laurent et Merci,

C'est vrai que sur les Sucs, on est encore plus exposé au vent du nord...

On verra bien en 2010, c'est encore loin mais déjà je suis impatient !!!

A+
Eric



O
Salut Eric,

Beau CR, c'est vrai que la perte, du au vent, n'est pas facilement quantifiable.

Quand tu m'as doublé dans le début du Buisson (dans la première partie à 10%), je pensais que tu étais bon pour être en dessous de 7h30 car tu montais bien...

A l'année prochaine pour enfin descendre en dessous de 7H30 (avec le beau temps !!!)

A+
Olivier
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E

Je t'emmène dans ma roue en 2010 ???

Vraiment désolé de ne pas t'avoir vu... j'aurais voulu te saluer !

Le vent aura vraiment été mon compagnon cette saison... il faut faire avec....

Il n'est pas impossible que je vienne dans le pays du "blogueur barbu" pour la Vercors Drome...
A voir suivant la motivation et la disponibilité...
A +
Eric